Lors d'épidémies de choléra, il est essentiel d'atteindre rapidement les ménages touchés et leurs voisins pour stopper la transmission. Une analyse récente menée dans 15 pays met en lumière la manière de déployer et d'adapter les mécanismes ciblés en contexte réel, offrant des solutions pratiques pour renforcer et accélérer la riposte dans des contextes difficiles.
Le choléra est une maladie grave qui touche de manière disproportionnée les populations pauvres, les personnes vivant à proximité des malades étant plus exposées au risque d'infection. Lors d'épidémies, les interventions ciblées dans les zones touchées (case-area targeted interventions, CATIs) fournissent des services de santé et d'EAH (eau, assainissement et hygiène) aux ménages touchés et à leurs voisins à risque dans une zone délimitée. Une étude récente de Dunoyer et al. a examiné comment les CATIs et les mécanismes similaires peuvent être déployés et adaptés efficacement dans différents contextes afin d'éclairer les recommandations techniques et d'optimiser leur mise en œuvre (1).
Dans 15 pays, l'étude a identifié quatre mécanismes de mise en œuvre distincts :
- CATI standard : des équipes mobiles déploient rapidement un ensemble d'interventions multisectorielles auprès des ménages touchés et de leurs voisins à risque, dans un périmètre défini.
- Pré-CATI : un ensemble d'interventions mises en œuvre auprès des ménages touchés et de leurs voisins à risque par des volontaires communautaires formés à intervenir dès la détection d'un cas.
- Interventions au niveau des clusters de cas : interventions adaptées, déployées dans des zones géographiques regroupant des cas.
- Interventions en établissement de santé : les patients atteints de choléra reçoivent du matériel et une éducation à l'hygiène dans les centres de traitement.
L'étude a révélé que la plupart des interventions se concentraient exclusivement sur les composantes EAH, telles que la désinfection des habitations, la promotion de l'hygiène et le traitement de l'eau au point d'utilisation. Seules 37 % intégraient des composantes sanitaires telles que la vaccination ou la prophylaxie antibiotique. Des interventions ciblées ont été menées dans des zones urbaines et rurales. Elles ont été réalisées dans divers contextes, notamment en zones de conflit, dans des zones densément peuplées, dans des régions isolées, dans des bidonvilles et des camps (1).
L'analyse a mis en évidence plusieurs difficultés de mise en œuvre, notamment : un manque de ressources, des retards dans le déclenchement des interventions, des compétences et des connaissances limitées, des difficultés d'accès aux ménages concernés et une capacité d'intervention saturée. Lors des périodes de forte affluence, les CATIs standard étaient gourmands en ressources et difficiles à déployer à grande échelle. Dans les zones isolées ou touchées par un conflit, les retards de déploiement ont considérablement réduit l'efficacité des interventions (1).
Pour relever ces défis, les acteurs de terrain ont développé de nombreuses adaptations (1):
- Mise en place de mécanismes similaires aux CATI dans des contextes difficiles (par exemple, pré-CATI, interventions au niveau des clusters de cas et interventions en établissements de santé)
- Garantie de la préparation, du dépistage précoce et de l’activation rapide
- Priorisation des cas à l’aide de tests de diagnostic rapide ou de critères de gravité
- Ajustement de la taille des zones d’intervention en fonction de la densité de population et du nombre de cas
- Optimisation des ressources (par exemple, intégration des équipes CATI intersectorielles pour réduire les doublons, distribution directe des fournitures par l’intermédiaire des établissements de santé)
- Mobilisation des leaders communautaires pour favoriser l’adhésion
- Renforcement des capacités des acteurs locaux
- Mise en place d’un suivi et d’un compte rendu réguliers
Les auteurs ont élaboré un cadre de mise en œuvre centré sur les praticiens pour chaque mécanisme. L’étude recommande les interventions au niveau des clusters de caset/ou dans les établissements de santé dans les contextes à forte densité de population urbaine. Par ailleurs, les auteurs suggèrent l’approche pré-CATI, associée à des réseaux communautaires, dans les zones reculées ou touchées par un conflit. Les auteurs soulignent que la stratégie CATI doit être intégrée à des stratégies globales de lutte contre le choléra plutôt que considérée comme une solution isolée, et appellent à l'élaboration de lignes directrices opérationnelles qui tiennent compte des difficultés de mise en œuvre propres au contexte et du choix des modalités de diffusion (1).
1. Dunoyer J, Ratnayake R, Moore S, Bulit G, Beaulieu S, Valingot C, et al. Optimizing the implementation of case-area targeted interventions during cholera outbreaks with context-specific delivery mechanisms. PLoS Negl Trop Dis. 2025 Sept;19(9):e0013534.
Picture © Chibuikem Obi, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons